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Quand être toi est un problème

Jeune, tu luttes pour apprendre au rythme imposé par l’éducation nationale. Tu subis plus ou moins les choix des ministres, les durées des matières et les notions d’importance que tu ne partages pas forcément.

Un jour tu es diplômé et tu te retrouves sur les bancs de l’entreprise, à commencer à travailler, à produire, la plupart du temps pour le compte de quelqu’un et dans l’optique de faire sa place.

Et là les problèmes, lorsque tu es autiste et haut-potentiel, commencent. Tu découvres un monde où ce ne sont pas forcément les compétents, les productifs, les vifs ou les initiateurs qui sont félicités / encouragés, mais ce sont plus généralement les conformistes, les beni-oui-oui, les moutons (ce que certains appellent de la politique ou de la diplomatie)…

Tu es trop compétent

Ton chef a des idées, mais elles sont mauvaises, elles ne sont pas mauvaises seules, mais dans le contexte, tu as généralement des idées moins coûteuses, plus pragmatiques et plus rapides à exécuter. Ton erreur c’est de le dire, probablement avec peu de tact mais tu apprends alors ce jour-là qu’un chef a raison, même quand il a tort…

Tu es trop productif

Depuis ton arrivée, tu as changé de nombreux process, tu as remis à plat des choses qui ne fonctionnaient pas de manière optimale, tu as multiplié les résultats de tes prédécesseurs, c’est bien là ton problème. En faisant cela, tu découvres que tu ne facilites ni le business ni l’expansion de ton entreprise, tu éveilles les haines et les méfiances, tu deviens donc celui à abattre car ton efficacité met en évidence les lacunes voisines ou supérieures…

Tu es trop honnête

Au fil des jours, des semaines, tu gagnes en confiance et les gens te créditent d’actions ou de pouvoir, avec un algorithme dont je n’ai pas le secret… Et un jour en réunion, tu finis par mettre les pieds dans le plat, un collègue (qu’il soit ou non d’un niveau hiérarchique supérieur) te demande un avis et tu le donnes. Il n’est pas de bon ton de donner des critiques et de descendre un avis, même si tout le monde le pense, on ne dit pas tout haut ce que tout le monde pense tout bas, même si tout le monde est dans le même bateau… Le Titanic c’est un film …

Tu es trop gourmand

Rapidement tu découvres que ton poste n’est pas dimensionné pour tes compétences, ce n’est pas de la vantardise, c’est factuel, tu finis par t’ennuyer et avoir du mal à travail 35h / semaine, non pas que tu le fasses exprès mais simplement parce que tu as tout optimisé et tu te retrouves aux commandes de routines, de procédures et de fonctionnements qui roulent seul. Ce jour-là tu vas naturellement demander si tu peux avoir une mission en plus, plus de travail, et tu découvres étrangement que demander à travailler plus quand tu es cadre en entreprise c’est interprété, le manager n’entend pas cela, il entend “je suis plus efficace que toi, si tu continues à ralentir, je vais te doubler” et d’un coup tu passes de l’étalon, le cheval du tiercé, à l’infame comploteur qu’il faut abattre pour ne pas risquer son siège…

Les critères s’allongent

Au fil des années donc tu élabores un stratégie et tu listes les critères essentielles d’une entreprise pour te permettre de t’y épanouir :

  • une organisation proche de l’open company
  • un fonctionnement orienté produit
  • des personnes autodidactes ou pragmatiques

Faux Semblant

Le problème c’est qu’avec les années, l’autiste (anciennement appelé Asperger) apprend à vivre avec son masque et apprend quelques règles qui faussent totalement le sens même de la productivité et de l’entreprise:

  • le conformisme paye plus que la compétence
  • la politique en entreprise paye plus que la vérité
  • l’apparence ouvre plus de porte que la réalité
  • être une équipe signifie travailler tous pour le capitaine
  • un chef gagne, l’équipe perd
  • si tout le monde le pense, pense-le,
  • si tout le monde le dit, dis le

Le monde du travail a besoin de toutes les différences et toutes les compétences, l’autiste par son sens du détail, son honnêteté, sa loyauté, son dévouement et sa façon de penser, apporte à l’entreprise. La difficulté est d’accepter la petite différence sociale pour accéder à ce petit plus.

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