Surdoué ne veut pas dire malheureux

Je lis à de nombreux endroits des articles qui parlent des adultes surdoués. J’aimerai en parler ici et formaliser mes pensées sur le sujet.

Tout d’abord la terminologie.

Nombreux sont les mots qui sont utilisés pour définir le profil.

Certains privilégient le terme de zèbre qui fait référence à Jeanne Siaud-Facchin qui illustre la surdouance par une comparaison avec le monde des équidés. La comparaison est simple, les gens dit normaux sont des chevaux, vous avez alors les zèbres qui sont les surdoués, des êtres semblable de première apparence mais différents, ils sont similaires sur de nombreux aspects mais remarquables (au sens “que l’on peut remarquer”) et cependant différents les uns des autres, chaque zèbre est unique, les rayures sont comme nos empreintes digitales.
Certains préfèrent le terme de HP, pour Haut-Potentiel. Cela fait référence à des capacités, si la majorité des gens ont un potentiel certain, les surdoués sont définis comme pouvant faire beaucoup. Cette référence ne plait pas forcément notamment car elle établit une notion de haut par opposition au bas et donc une assimilation entre surdouance et “plus que” (je reviendrai sur le sujet).
Certains préfèrent le terme de surdoué, ce mot date d’une époque ou la communauté qui s’intéressait au sujet pensait que les personnes à plus fort QI avait une capacité supérieure, c’est en réalité une mauvaise traduction de l’anglais. Les anglais disent “gifted” ce qui fait plus référence à la notion de don.
Certains privilégient le terme de précoce (ou précocité), ceci fait référence à une échelle temporelle des constats communs. Par exemple, généralement un enfant marche à 1 an, si votre enfant marche avant on dira qu’il a été précoce. L’extrapolation est fait de la même manière sur le profile de la personne. 
Certains parlent de profils atypiques, par opposition aux profils plus traditionnels. Le terme a l’avantage de mettre en évidence que les surdoué sont majoritairement des personnes qui ont des profils statistiquement à la marge, car ils représentent un faible nombre.

Un faible nombre, mais combien.

La répartition est basée sur le Quotient Intellectuel, un nombre calculé en passant un test. Il existe plusieurs tests reconnus pour établir officiellement son QI. Le test le plus connu est le WAIS, acronyme pour Wechsler Adult Intelligence Scale, avec sa variante pour enfant le WISC (Wechsler Intelligence Scale for Children). Le test consiste à passer différentes épreuves qui mesurent chacune une capacité.

ICV (Indice de Compréhension Verbale), qui est limité à 150
IRP (Indice de Raisonnement Perceptif), qui est limité à 150
IMT (Indice de Mémoire de Travail) , qui est limité à 150
IVT (Indice de Vitesse de Traitement) , qui est limité à 150

À partir de la mesure de ces 4 valeurs peuvent être extraites 3 notions:

  • Le QI Global* (parfois non calculable car trop hétérogène)
  • Un profil hétérogène ou homogène.
    Être homogène signifie que vos 4 indices sont tous regroupés dans une même fourchette de résultat (le calcul précis est connu mais il revient à cela ;-) )
    Être hétérogène signifie donc avoir des résultats qui sont nettement différents dans un ou plusieurs des indices.
  • Votre rang percentile pour chaque subtest, c’est-à-dire le pourcentage de personnes qui réussissent le test comme vous.

Le QI est une donnée essentiellement statistique, il permet de se positionner sur la courbe de Gauss et de comprendre quelle part de la population raisonne de manière similaire.

Ce quotient est aujourd’hui discuté pour y ajouter le QE. On parle alors de Quotient Émotionnel, il s’agit de l’équivalent du QI mais pour mesurer la partie émotionnelle. La mesure du QE consiste finalement à mettre en évidence l’attention que la personne prête aux autres, à la fois son empathie mais aussi son émotivité, son hypersensibilité, et ses capacités dans le ressenti. Le sujet progresse mais n’est aujourd’hui pas formalisé et reste peu répandu. Cependant nous commençons à entendre parler de HPQI et HPQE voire THQI et THQE. Ces acronymes sont simples : Haut Potentiel Intellectuel, Haut Potentiel Emotionnel, Très Haut potentiel Intellectuel et Très Haut potentiel Émotionnel. On parle de THQI lorsque les résultats au test WAIS sont hauts, soit approximativement 145 (l’étallonage au delà de 160 n’est pas certifié par ce test).

Et alors ?

Contrairement aux idées reçues le passage d’un test de QI n’est pas la mesure de l’appendice masculin (je n’ai pas d’image pour les femmes) mais il est souvent lié à un processus logique et une volonté de comprendre.

Lorsque vous êtes enfant généralement vos parents ou un professeur, remarquent quelque chose de différent chez vous, quelque chose qui n’est pas explicable. Avant la scolarisation il peut s’agir de capacités qui sortent de l’habitude, par exemple observer votre bébé qui marche à 9 mois, qui parle parfaitement à 1 an, qui sait lire à 2 ans, qui fait du vélo sans les roulettes à 3 ans … (ce ne sont que des exemples) La scolarisation faite, votre enfant peut avoir 2 profiles plus généralement connus :

  • l’élève brillant, celui qui réussit et qui se nourrit de l’apprentissage comme-ci il n’avait pas de limite, il est capable d’ingurgiter 2 programmes lorsque les autres en assimilent un seul. Certains semblent dire que ce profile est plus courant chez le filles, je ne sais pas.
  • l’élève décalé, perdu, celui qui comprend, s’intéresse mais dont les résultats scolaires ne mettent pas en évidence ses capacités. De manière caricaturale c’est un enfant qui comprend tout mais qui a de mauvaises notes.

Lorsque vous êtes adulte la démarche intervient généralement après discussion avec des personnes familiers du sujet. Il peut s’agir d’autres HP détectés ou de spécialistes qui sont sensibilisés au sujet. Très souvent le passage par un test est nécessaire pour se connaître et se rassurer. Le profile classique est l’adulte qui se sent différent, qui n’arrive pas à comprendre la majorité des personnes qu’il côtoie. Ces différences peuvent être mises en évidences par son milieu professionnel (malêtre, exclusion, échecs, multi-capacités, rapidité d’exécution, maitrise, expertise, …)

Le HP au travail

Le surdoué a un profile atypique et souvent ne correspond pas à ce que le monde du travail attend d’un adulte.

Aujourd’hui dans la majorité des métiers, l’entreprise attend d’une personne qu’elle monte en compétence progressivement, en restant dans son domaine d’expertise, et ainsi progresser pour atteindre son plafond de verre (un livre sur le sujet). Le surdoué ne fonctionne pas comme les autres, il est capable de monter rapidement en compétences et a envi ensuite de changer, pour faire autre chose, cela perturbe souvent. Effectivement avant d’exercer un métier il n’est pas compétent en pratique mais après documentation et une période d’adaptation il va monter en compétences rapidement. J’ai pu observer des situations incongrues en entreprise, un expert de 20 années d’expériences débattre avec un HP qui avait 3 ans d’ancienneté sur le sujet, l’expert admettait même avoir un homologue en face de lui. Je connais aussi des HP qui ont plusieurs métiers différents, par exemple l’un d’entre eux est bûcheron, webdesigner, ébéniste et moniteur d’auto-école (et avec de l’expérience dans chacun des métiers). Comprenez alors la difficulté de ces profiles face à un recruteur qui demande de prouver une compétence en ayant la conviction que même sans l’avoir exercer elle saura la pratiquer, et cela sans prétention.

Effectivement, tout porte à croire que les HP sont prétentieux, probablement qu’il en existe, mais la majorité a un même le symptôme inverse, le Syndrome de l’imposteur, il se résume à se dévaluer malgré ses capacités. Le resté-en-retrait ou l’effacement au profit de l’intérêt commun sont d’autres caractéristiques. Généralement l’individualisme est vécu par les HP comme une forme d’égoïsme et d’injustice car il a un impacte globalement néfaste sur le groupe. L’effet directement lié à ces comportements est un sentiment d’exclusion ou d’isolement.

Malheureusement aujourd’hui la plupart des adultes détectés sont des adultes qui sont dans une situation de malêtre et qui cherchent à comprendre ce sentiment. Ils en arrivent alors à se connaitre et à s’accepter, parfois tardivement, pour enfin s’épanouir. Ceci provoque certaines assimilations. Pour certaines personnes les HP sont des personnes dépressives, malheureuses ou pas heureuses. Elles en viennent à dire que d’être trop intelligent rend impossible le bonheur, mais en réalité il existe de nombreux surdoués qui n’ont pas passés le test, qui sont heureux, épanouis et qui n’ont simplement pas formalisés leur état (ils n’en ressentent pas le besoin, qui va chez le médecin quand il va bien?).

Soyez heureux

L’essentiel c’est d’accéder au bonheur. L’exclusion est propice au sentiment de dépression. Le cycle est rapidement mis en marche et seul il est souvent difficile d’en sortir. Mais vous pouvez aussi simplement choisir de vous assumer, de vous connaître et de vous accepter. Savoir que vous avez également vos limites, soient mises en évidences par les tests, soient par des constats de tous les jours. Accepter vos limites et commencer à se ressentir. Certains disent s’écouter mais mieux vaut suivre son coeur donc se ressentir.

Parfois il est nécessaire de traverser des tempêtes pour évoluer. Personnellement, j’ai attendu de traverser un diagnostic de précocité pour ma fille ainée, mon propre diagnostic et une usurpation d’identité pour me connaître et m’accepter.

Choisissez comme devise d’être heureux. Le reste deviendra alors accessoire. Votre vie est un cadeau, la nature vous a fait ce don précieux de vivre. Profitez-en pour choisir votre sens et vous épanouir.

Et n’oubliez pas, si vous le décidez, vous guidez votre inconscient pour l’exécuter.

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